
La natte
au naturel
Dans les terrains marécageux des environs de Nabeul, en Tunisie,
poussent des joncs qui, une fois récoltés, séchés et tissés par des
mains expertes, s’entrelacent et se déroulent en un textile végétal à
la fois tradition et décor.
Reportage et texte Chris O’Byrne. Photos Henri Del Olmo
Près de Tunis, dans la région du Cap Bon, des plantes aux tiges rondes et souples ondulent dans le vent…
La campagne douce et séduisante où se juxtaposent les taches de couleur des cultures maraîchères, d’oliviers, d’arbres fruitiers et de champs d’agrumes, cernés par des haies de figuiers de barbarie sur fond de terre rouge, est ponctuée d’étendues sauvages dans lesquelles grandit le juncus.
La ville, une des plus anciennes d’Afrique du Nord, a vu passer troupes spartiates, Carthaginois et Romains avant de devenir plaque tournante commerçante et intellectuelle au Vème siècle.
La cité est aujourd’hui capitale de l’artisanat. Célèbre pour ses poteries, elle l’est aussi pour sa vannerie tissée avec les joncs récoltés à proximité ou rapportés des régions voisines.
Coupé, séché, calé sur le métier avec des serpettes et, enfin, tissé, le jonc fait un parcours sans fautes.
Dans des ateliers obscurs, ouverts sur les rues d’un quartier de la vieille ville, travaillent des artisans dont le savoir-faire inégalable hérité de leurs pères risque de se perdre, faute de successeurs.
Leur art, qui demande force et patience, n’attire plus les jeunes, lesquels cependant, une fois l’an, aux prémices du bel été, se joignent aux anciens et s’en vont moissonner à la serpette les plantes sauvages, qu’ils amassent en bottes.
Puis il est à nouveau lié et stocké pour approvisionner les vanniers.
Une ficelle de chanvre, enroulée en fils parallèles de part et d’autre de poutrelles en bois élimées par le temps, sert de chaîne.

Inlassablement, les mains expertes puisent dans les gerbes dorées entassées les tiges nécessaires à la trame, qu’ils aspergent d’eau pour leur restituer leur souplesse.
Comme se déroulerait un fil.
Lorsque le travail est important, plusieurs hommes de front tissent l’un après l’autre à un rythme bien cadencé.
Car désormais, les nattes peuvent atteindre trois ou quatre mètres de large, nécessitant des métiers plus imposants.
Bon marché, ce matériau qui revêtait les lieux sacrés est par la suite entré dans les maisons, sur les murs, les sols, les banquettes.
Au début du siècle, les vanniers étaient nombreux, aujourd’hui à peine une cinquantaine se penchent quotidiennement sur leur ouvrage. Ils travaillent en indépendant et se groupes en coopérative pour vendre leur production.



Outre les nattes, des sets de tables, des paniers, des couffins, des corbeilles à linge, des malles à jouets…
Décliné à l’envie, le travail du jonc évolue sous leurs doigts en quête de nouveaux modèles.
En tresse de trois brins enroulée sur elle-même, la fibre devient bouton. Elle corsète aussi les bouteilles.
Des dessins géométriques inspirés des motifs sahariens ornent les nattes.

Le plus bel exemple en est certainement le décor époustouflant de Café des Nattes à Sidi Bou-Saïd.
Un lieu mythique où touristes et autochtones aiment palabrer, écrire ou rêvasser sur des kilomètres de tapis tressés rythmés de vert et de rouge qui animent chaque parcelle d’une vie aux portes de l’Orient.

Les nattes s'ornent souvent de motifs inspirés des dessins sahariens.
Dans les villages, elles sèchent une fois encore à l'air libre.
Avec Art, le jonc se fait aussi corbeille ou vient revêtir les bouteilles
2. Désirée et Michelle Le 01/03/2009 à 16:27
1. Joseph_Grinnell Le 27/02/2009 à 08:15