La Nabeul d'Albert

Merci Albert de donner ta plume à ce site. Ton récit est trés émouvant et l'enfant en culottes courtes dans les rues de Nabeul tenant son halleb dans ses bras est déjà un grand tableau en soi. Viens nous retrouver sur les rivages de la perle du Cap Bon, comme tu le dis, aussi souvent que tu le veux.

Merci. L'équipe de Nabeul Retrouvailles


La Nabeul d'Albert

Une histoire de "halleb"

Les petits souvenirs ne se noient jamais. Au contraire, ils flottent et il suffit de les pécher patiemment. Ils font souvent de grands almanachs.

Parfois une petite photo jaunie ou écornée par le temps fait remonter à la surface ce qui est enfoui en soi.

Il ne suffit pas de vivre longtemps dans un environnement aussi beau soit t’il pour avoir de très grands souvenirs du passé.
J’en connais qui ont de grands vécus dans leur ville ou pays sans jamais en parler. Parce qu’ils ne savent pas en parler.

Ce qui est important pour eux c’est aujourd’hui. Hier, ils n’en ont aucun souvenir précis. Ou bien si, mais ils préfèrent le taire, le camoufler.
Ils ne sont pas capables de narrer fusse t’il un petit moment de leur vie d’avant. Ils se sont attachés à occulter leurs émotions.

Mon souvenir de Nabeul, la perle du Cap Bon, est très vague. Nabeul était autant considérée sinon plus que la Goulette.

Ma grand-mère et mes parents ne perdaient jamais une occasion pour honorer ces pèlerinages de Nabeul et de Testour.
La ‘ziarra’ ( pèlerinage) était pour eux une ‘ouada’ (une habitude, une reconnaissance aux saints protecteurs) de notre pays pour le bien des enfants.

Je faisais parti du voyage bien sur. Nous partions toujours très tôt le matin pour prendre le car de la compagnie TAT, affrété exceptionnellement pour ce genre de voyage. Une dizaine de cars faisaient aussi le trajet, bien pleins.

Le rassemblement des pèlerins se faisaient à la (Batha-place) de la rue BAB Carthagène.

Après le recueillement, et les agapes qui s’en suivaient, papa nous emmenait, vers le midi, mes frères et moi, collationner face à la mer et je crois bien que le restaurant d’ Ernest ‘ LA PETITE FREGATE ’ ne m’est pas inconnu car il nous disait dans son franc parler judéo-arabe

'...Ijeouw ye louled, nem’chiou neqlou tarf mechiou fél ritound bahda el bhar... !’

‘...Venez les enfants, nous allons manger des grillades au bord de la mer... !’

Et nous nous installions dehors face à la mer autour d’une table drapée de papier blanc.

Papa n’aimait pas partager les mets préparés la veille et mis dans un grand couffin que ma grand-mère transportait avec elle. Souvent, la moitié des sauces tapissait les flancs de ce malheureux contenant.

Il me parlait de ‘Ritounda’ (Rotonde) pas de restaurant. Parce que le mot ‘ritounda’ s’appliquait à tout ce qui est en plein air. Sans doute un mot piqué chez les italiens.

Le soir, pour le retour, nous dormions par la fatigue en travers des allées en compagnie des 'hlabi' et des 'hlalleb'.

Encore merci de ce beau rappel grâce à votre site.




L’année dernière à Nabeul…Albert raconte…encore

 

Eqel na'haAAAr .
Aâl fzour él sbeh chem'ssiyè,
Hé'nè ouél jom'yi'yè
Khdi'né ke'yèss né'bli'yè
Ha'ouéss'na fél mdi'nè
Tah'at ââlinè lââ'chi'yè fél'iyè.
(Ce jour là, par un beau matin ensoleillé. Mon groupe et moi, nous avons pris la route nabeulienne. Nous nous promenions dans la médina,
lorsque l'après midi embaumé de fel, nous surprit.)

Eqel ââ'ââ'chouEEE....§§§§
(Cet après-midi là... !)

Méchin...Méchin deï'khiIIn ou cheï'khiIIn
Zna'qiII, sqi'faAAts i ché'dou ââliIII'è.
Dort ménè ou ménè ou rjat ââl mdiII'nèEE.
Toht ââla haAA'lléb... ! Mra'ssem fouq hal'bi'yè
Ouaq'fa ââl bar béb daAAr
(Nous marchions sereins et paisibles. Les impasses, les patios peuvent en témoigner. Je tournais par ci par là,  lorsque je tombe sur un hallèb au repos sur le col d'une gargoulette debout sur le seuil d'une maison.)

Ah Ah Ah eqel nahaAAAr….
Ye léllè ouar'diyè.
(Ce jour là O Madame la Rose.)

Ha'lléb ou mra'ta él hal'biyé
As'ouar'tem ye ââïni.
Seq'tin nass'bin ââl lââ'ti'bè.
(J'ai photographié le hallèb et son épouse la gargoulette, bien silencieux sur le pas de la porte)

Mou'letè qââ'da fél maq'ssoura
Che'fet'ni, khor'jot él bara.
Gat'li lââzouza léb'che sef séri*…
(La propriétaire des lieux sort de l'anti-chambre, elle m'aperçoit et vient à ma rencontre. Elle me dit, la vieille habillée en sef séri...)

'…Chriba mé ye oulidi…? Da'ar fiq jit mel b'yid…!'
(Un verre d'eau mon fils…? On dirait que tu viens de loin... ?)

'…Ah ye mim'ti…!' Gol'tola…
'…Ha'lléb da'qar'ni…! Jdou'di ou ha'yar'ni
Ha'lléb ââ'tech'ni... !'
(O mami…! Ce hallèb m'a rappelle de vieux souvenirs, mes ancêtres et il me remue. Ce contenant en argile cuite me donne soif... !)

Ah Ah ye lélla él béya....
Eqel nahar...
Fi jo'ro'ta khol'tot ben'ta, hlou'è ou mé'ziè'né.
Ha'blè, yé'dè rat'ha ââ'la qer'chè.
Ha'llèb mé'de'touli, ouel ma'ya jrét frechq fi gou'fi.
Sa'fia qif oue'j bne'yitè.
Chrobt ââ'la toul ha'li.
(Sa jolie fille enceinte sort à sa suite, une main posée sur son ventre. Elle m'a tendue le hallèb, et l'eau fraîche, pure comme son visage, a inondé mon ventre. J'ai bu de tout mon saoul.)

'...Bél chfè yè ou'li'di.. !' Ga'let'li l'ââ'zou'za.
( Bonne santé mon fils... !' Me dit la vieille.)

'..Yer'ham ouel'diq ye mim'ti... !' Golt'ola.
(Que Dieu bénisse tes géniteurs... !' Je réponds.)

'...Toch'kor yè oulidi... ! Sié'tiq min bja rabi... ?'
(Merci mon fils... ! Tu te nommes comment par la grâce du Seigneur... ?)

'...Braham, halq'ouel'di yè miIIIm'ti... !Khé'lit blédi ou
zé'mèEEE'li... ! Té'ouè Sé'nè'ouèEEt!'
(Abraham, je suis goulettois mamie... ! J'ai quitté ma ville et mes amis... ! Il y a de cela des années...!)

'...AhHH AhHH yé nari...! Fa'qar'tni ye hass'ra ji'rè'niII
Hayoun, Bi'chi ou Tra'belsiII
Ouél zia'ra mta re'bi Yââ'coub Chlé'mè (z'al)... !'
(...Ah mon jour... ! Tu me rappelles, il y a si longtemps mes voisins Hayoun, Bichi et Trabelsi ainsi que le pèlerinage du très cher vénère Rabin Jacob Slama... !)

Dem'ya fi âïne tobBB'roq...
(Une larme brille dans ses yeux.)

'...Ha'yar'tli guel'bi yè ou'li'di... !'
(Tu as remué mon cœur fils... !)

Tab'ssét ââ'lé'yè ou bé'sset'ni
Aâ'lla khdou' di mgam'hin.
(Elle s'est penchée sur moi et m'a embrassée sur mes joues dorées.)

'..Ot'khol yè si Braham... ! Mar'ha'ba biq ... !'
(Rentre monsieur Braham... ! Soit le bienvenu.)

Ouej'bet'ni lé'lla Mé'rièm S.......* Sé'mitè.
(Qu'elle me dit madame Myriam Seknazi*)

Ha'chem, oue'jeEEb'tè.
(Confus, je lui réponds.)

'...Ta'ouel om'roq yè mim'ti... !
Ta'hat él liIIl ââ'linèEEE ... ! Oun ch'allah en jiou fél tour jam'yi'yè.. !
Ou bess'lama ââ'li'koOOm... !
Tess'ba'hou ââ'la khir ou yer'ham él mssa'rèn elli jé'bou'qoOOm... !'
(Que ta vie soit longue, mamie. La nuit est tombée. Je souhaite venir vous rendre visite en groupe. A la circoncision et au revoir à vous tous. Que votre réveil soit fait de chance et que Dieu bénisse les entrailles qui vous ont fait naître.)

Eqel NahAAAAr.....Eqel A'chouEE... !!!

Ce jour là...Cet après-midi là... !)

 



Commentaire (1)

1. tat ichtir Le 15/07/2008 à 00:58

Merci Braïtou pour ces souvenirs émouvants et sincères qui ne sont pas restés enfouis à jamais. Le" halleb" est là pour marquer l'hospitalité, étancher la soif du visiteur lui redonner souffle de vie. Alors je t'offre mon halleb, l'hospitalité de ce site et raconte nous tes souvenirs d'un grand ami de Nabeul.
La rotonde n'est pas la Frégate, la rotonde c'est le café de khmaïs (Dar el Fhal), le deuxième restaurant (vrai) du bord de mer à Nabeul, qui existe toujours et qui a empiété sur le terrain de l'ex frégate qui appartient encore à la famille d'Ernest HADDAD.
La Ziara de nabeul continue tous les étés (entre le 12 et le 17 aôut),recréee organisée, animée entièrement par l'assocation Neapolis
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Dernière mise à jour de cette page le 15/07/2008